Désormais les retours de congés estivaux ne sont plus marqués seulement par les bouchons sur les routes. Les embouteillages de rentrée affectent aussi l’information financière. En effet, depuis l’entrée en application il y a 3 ans de la Directive Transparence, les sociétés cotées sont tenues de publier leurs semestriels dans les deux mois suivant la fin de la période considérée, soit, pour la majorité d’entre elles, au plus tard le 31 août. Résultat, un grand nombre de publications interviennent dans les derniers jours du mois d’août, ce qui crée une incroyable cacophonie. L’an dernier déjà, nous vous rendions compte des difficultés soulevées par ce nouvel exercice à travers le témoignage d’un analyste financier du bureau d’analyse indépendante Idmidcaps. C’est ici. Voyez également ce billet.
Cette année, nous avons décidé de retourner voir Idmidcaps pour savoir si la situation s’était améliorée. La réponse est : à peine. Ce que confirme d’ailleurs une étude réalisée par Labrador auprès du CAC 40 dont nous vous livrons les premiers résultats en exclusivité. Notre analyse révèle que l’essentiel des publications cette année s’est encore concentré fin août (20 sociétés contre 16 en juillet). Il est à noter qu’un groupe du CAC40 n’a pas respecté le délai en publiant le 1er septembre. En moyenne, on constate un écart de deux jours entre la diffusion du communiqué et la publication des comptes. L’an dernier, on dénombrait 11 publications en juillet contre 23 en août. Il y a donc une légère tendance a accélérer la production des semestriels au sein du CAC 40, tendance que l’on retrouve chez quelques valeurs moyennes. Dans le prochain billet, nous reviendrons de manière plus approfondie sur cette étude pour vous parler du contenu de l’information produite.
En attendant, Olivier Brunet, analyste chez Idmidcaps, nous livre son témoignage sur le marathon des semestriels 2009 :
Avez-vous constaté cette année une amélioration par rapport à l’année dernière, ou la publication des semestriels s’est-elle avérée aussi agitée ?
Force est de constater que, comme l’an dernier, toutes les sociétés n’ont pas respecté les délais, loin de là. Nous n’avons pas opéré un décompte précis, mais il me semble qu’au moins la moitié des valeurs moyennes sont hors délai. D’une manière générale, l’encombrement dans les tous derniers jours d’août est resté le même. On observe néanmoins une légère augmentation des publications fin juillet. Je songe notamment à une société, Guerbet, qui avait publié en septembre l’an dernier et qui a donné ses chiffres cette année en juillet. La dernière publication avant les congés est intervenue le 6 août, c’était une conférence téléphonique. Puis les publications et les réunions ont repris doucement le 25 août. Le pic a été atteint les 27, 28, 29 et 31 août, ainsi que le premier septembre, on a dénombré au moins une centaine de publications en 5 jours ! En termes de réunions en revanche, c’est peut-être un tout petit moins rude que l’an dernier. Depuis le 2 septembre, le rythme s’est ralenti brutalement.
Comment les sociétés s’organisent-elles pour gérer cette échéance ?
Certaines se sont organisées pour publier dès la fin du mois de juillet. D’autres ont découplé la publication de leurs comptes et l’organisation de la réunion de présentation. C’est ainsi que certaines sociétés publient avant le 31 août et organisent leur réunion courant septembre. D’autres semblent tentées d’abandonner le format de la réunion pour le remplacer par une conférence téléphonique.
Quelles sont les difficultés que vous observez, en tant qu’analyste, depuis que le nouveau délai de publication des semestriels est entré en application ?
Pour les analystes qui, comme nous, assurent un suivi exhaustif des valeurs moyennes, il est matériellement impossible de suivre une centaine de publications concentrées sur quelques jours. Je suppose que certains gérants rencontrent les mêmes difficultés si les résultats d’une vingtaine de leurs valeurs tombent en même temps. Nous sommes loin de l’objectif de transparence poursuivi par la directive. De même, le découplage entre la publication et la réunion ou la conférence téléphonique crée une rupture d’égalité entre les actionnaires. Il y a ceux qui ont le temps d’appeler la société, et les autres.
Cela signifie que vous êtes favorable, en tant qu’analyste, aux revendications des valeurs moyennes visant à obtenir un statut européen qui leur conférerait notamment le droit de publier leurs semestriels dans les trois mois au lieu de deux…
Tout à fait. Soyons franc, la majorité de la communauté financière espère que les sociétés publieront en retard, la situation actuelle n’est tenable pour personne.
Andréa Bonhoure

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