Labrador livre ici en exclusivité les résultats de son enquête sur la traduction en anglais des documents de référence en 2008. Les équipes de Labrador et de REGinfo se sont penchées sur les processus de traduction des documents de référence. Elles ont analysé les versions françaises et leur traduction en anglais publiées par les sociétés du SBF 120 ainsi que celles du STOXX 50 à titre de comparaison. Soit un total de 235 documents. Dans le même temps, Labrador adressait un questionnaire à ces sociétés sur leurs pratiques en la matière. Le taux de réponse, de 23% pour les sociétés du SBF 120, permet de déterminer les process utilisés.
Premier constat, 79% des sociétés du SBF 120 avaient publié un document de référence en anglais au 31 mai dernier. Sans surprise, ce sont les groupes du CAC 40 qui sont les plus rapides (95% avaient publié à fin mai contre 70% seulement du SBF 80). Sans surprise non plus, les sociétés du CAC 40 sont les plus nombreuses à publier simultanément les versions françaises et anglaises. Pour les autres, le décalage s’étend de quelques jours à quelques semaines – plus de 2 semaines pour 48% d’entre elles. C’est un point qui reste donc à améliorer, ce d’autant plus que les sociétés du STOXX 50 ont, elles, toutes publié une version anglaise du document au 31 mai et que 93% d’entre elles l’avaient même déjà fait à la mi-avril.
Des documents similaires mais pas identiques
Evidemment, comme dans toute traduction mais a fortiori s’agissant de celle d’un document légal, l’une des questions essentielles est de savoir si la version anglaise est fidèle à la version en français. Or, c’est là que pêche l’exercice. Seuls 46% des documents publiés par le SBF 120 sont strictement identiques (même sommaire, même nombre de pages), tandis que 31% de documents produits par le CAC ont le même sommaire mais des paginations différentes (44% du SBF 80) et 15% sont totalement différents (16% du SBF 80). Voilà qui n’est pas très grave, songera-t-on, du moment que tout y est. Un peu quand même parce que cela signifie qu’un lecteur anglophone et un lecteur francophone ne pourront pas discuter du document en se référant aux mêmes pages. Cette distorsion se retrouve d’ailleurs dans les intitulés, ce qui ne facilite guère les recherches. La majorité du CAC 40 utilise le terme de « registration document », tandis que le SBF 80 lui préfère « reference document », viennent ensuite l’annual report et le 20F. De leur côté, les groupes européens optent principalement pour l’annual report et ensuite pour le 20F. Diversité également dans les sommaires puisque, par exemple, les titres des 25 chapitres correspondant à la table de concordance AMF, qui ne sont déjà pas totalement harmonisés en français (en moyenne 21 sur 25 sont strictement conformes), le sont encore moins comparés à la version anglaise que l’on trouve dans le Journal Officiel de l’Union Européenne (13 sur 25 en moyenne).
Que pensent les émetteurs eux-mêmes de leur traduction ?
La qualité du document anglais les satisfait à 92%. En revanche, ce sont les process qui doivent encore être améliorés. Sur ce point, l’indice de satisfaction tombe en effet à 65%. Il faut dire que le processus est relativement lourd. La très grande majorité des sociétés engagent un traducteur (93%) voire plusieurs (28%), qu’elles choisissent au regard de sa connaissance de l’entreprise et de sa réputation. La moitié d’entre elles envoient les textes à la traduction au fil de l’eau, les autres préférant attendre la validation du document français complet pour l’envoyer en traduction, sachant que la durée moyenne est de 26 jours. Une fois la traduction réalisée, 76% des sociétés la font vérifier par un collaborateur bilingue, tandis que 48% réalisent un double contrôle par un relecteur bilingue et un non bilingue. Toutes les sociétés, sauf une, relisent la version anglaise au regard de la version française. Un travail long puisqu’il mobilise une personne durant 15 jours en moyenne pour les sociétés du CAC40 et 10 jours pour celles du SBF80. L’exercice s’avère utile : 80% du CAC et 64 % du SBF 80 relèvent moins de 5 contresens dans le document traduit en anglais (autrement dit moins de 5 erreurs graves), mais 10% du CAC et 18% du SBF 80 en relèvent tout de même plus de 10. Ces erreurs concernent essentiellement le rapport de gestion (55% du SBF 120), la partie juridique (58% du SBF 80, 20% du CAC) et les comptes (25% du SBF 80, 10% du CAC).
D’une manière générale, la publication de la version anglaise est plus rapide au sein du CAC que dans le SBF 80, elle est plus vite corrigée et plus fiable.
Globalement, il ressort de l’étude que les points d’amélioration concernent essentiellement le délai de publication, le process de traduction, la fiabilité de celle-ci et sa comparabilité avec la version française.
Au fond, à quoi ça sert ?
Les entreprises estiment que 50% des utilisateurs se référent à la version française et 50% à la version anglaise. Un chiffre cohérent avec ce que l’on sait de la détention du capital des sociétés du CAC 40 par les investisseurs étrangers (proche de 50%) et, plus généralement, de l’internationalisation des marchés de capitaux.
Encore faut-il, pour répondre aux exigences de transparence, que la publication de la version anglaise et de la version française soit simultanée. Au-delà de deux semaines d’écart, on peut s’interroger sur l’utilité d’une traduction dès lors que les investisseurs étrangers auront forcément trouvé l’information ailleurs.
Encore faut-il aussi que les deux versions soient comparables jusque dans la pagination, dans la version web comme dans la version papier, en français comme en anglais afin de favoriser le dialogue et d’éviter toute erreur ou difficulté d’interprétation.
En tout état de cause, c’est une question de process. L’étude montre en effet que ceux qui mènent de front l’élaboration du document français et sa traduction sont aussi ceux qui produisent cette information le plus rapidement et dans les meilleurs conditions.
Andréa Bonhoure
A savoir
Les auditeurs légaux n’ont pas le droit de traduire les documents de référence
Dans un avis rendu le 2 avril dernier, le Haut Conseil du Commissariat aux Comptes a explicitement indiqué qu’il n’entrait pas dans les missions de l’auditeur de réaliser la traduction du document de référence d’un émetteur dont il certifie les comptes. C’est ici. Selon le Code de commerce « il est interdit aux commissaires aux comptes de fournir à la personne ou à l’entité qui l’a chargé de certifier ses comptes… tout conseil ou toute autre prestation de services n’entrant pas dans les diligences directement liées à la mission de commissaire aux comptes… » et, en particulier, de procéder « à l’élaboration d’une information ou d’une communication financières ». Un doute pouvait néanmoins subsister au sujet de la traduction et, dans les faits, certains émetteurs la confiaient effectivement à des auditeurs…. Dans son avis du 2 avril, le Haut Conseil estime que « la traduction d’un document de référence n’est pas un travail purement mécanique ou automatique. Elle peut requérir, de la part du traducteur, des choix de terminologie et des prises de position qui le conduisent de fait à prendre part à l’élaboration du document. Elle est donc exclue des prestations susceptibles d’être réalisées par le commissaire aux comptes pour l’entité dont il certifie les comptes ».

Le sujet de cet article peut être traité au regard de XBRL et de l'apport de la taxonomie XBRL IFRS sur la comparabilité des états financiers dans une langue commune. J'ai apporté à chacun des points un commentaire présentant les avantages de l'utilisation de la taxonomie et ai ajouté les résultats d'un sondage sur 10 comptes de groupes en anglais.
J'ai publié l'article sur mon blog http://phamon-xbrl.blogspot.com/
Rédigé par : Hamon Pierre | lundi 20 juillet 2009 à 17:45