La tentation de sortir de la cote
Nous vous parlions la semaine dernière de la difficile rentrée des analystes en raison de l’embouteillage occasionné par l’obligation de publier les semestriels au plus tard le 31 août. Dans un commentaire posté sous l’article, Guy Mamou-Mani, président de Middlenext, apporte une information intéressante : selon les calculs de l’association, 120 sociétés cotées ont finalement décidé de publier en septembre. En d’autres termes, elles ont préféré retarder leur publication plutôt que d’ajouter à l’encombrement des derniers jours d’août. A notre connaissance, l’AMF n’a pas estimé devoir sévir dès lors que, comme le rappelle Guy Mamou-Mani, le régulateur a soutenu la demande de Middlenext visant à obtenir la modification de la directive Transparence. Vous pouvez consulter son intervention en cliquant dans la rubrique « commentaires» du billet « Kafka au pays de l’information financière ». Ajoutons au passage que les commentaires sont les bienvenus car ce blog souhaite devenir un lieu d’échanges entre professionnels autour de l’information financière.
La solution ? Sortir de la cote
Mais revenons au sujet qui nous occupe. Les analystes et les émetteurs ne sont pas les seuls à se plaindre de ces délais raccourcis de publication. Dans les cabinets d’audit, l’été a été rude. Bien sûr, les professionnels de l’audit se sont organisés pour assumer la charge de travail et ils ont fait face. Mais ils n’en pensent pas moins que ces délais ne vont pas forcément dans le sens des objectifs de transparence et de qualité de l’information financière.
Par ailleurs, ils s’inquiètent des réactions de leurs clients. « La publication des semestriels dans les deux mois n’est pas la première ni la seule obligation jugée trop lourde par les valeurs moyennes que nous auditons. Mais elle a joué le rôle de détonateur. Cela faisait quelque temps que nos clients de la catégorie VaMPs menaçaient de se délister, aujourd’hui, ils ont franchi un nouveau cap. La plupart s’interrogent, et certains d’entre eux nous ont demandé d’évaluer l’économie qu’ils pourraient tirer d’un retrait de la cote. Il ne s’agit donc plus d’un simple mouvement d’humeur. Ajoutons que tant que les marchés étaient la seule solution de financement, les sociétés étaient « captives ». Mais avec le développement du private equity, elles bénéficient d’une solution alternative. Une solution qui apparaît bien tentante face aux contraintes de la cotation et à la crise des marchés financiers » analyse Eric Seyvos, associé du cabinet Bellot Mullenbach & Associés.
Pourtant, l’AMF a reconnu la spécificité des VaMPs et tenté dans la mesure de ses moyens d’adapter les contraintes qui pèsent sur elles. « En effet, mais l’AMF n’a pas le pouvoir de modifier la législation européenne. Or, l’essentiel des obligations législatives et réglementaires qui pèsent aujourd’hui sur les sociétés cotées viennent de Bruxelles. Les modifications introduites par l’AMF ne peuvent intervenir qu’à la marge», souligne ce spécialiste.
Rien n’est perdu !
Faut-il donc se résoudre à voir les valeurs moyennes se délister les unes après les autres pour cause de réglementation inadaptée ? Heureusement pas. Middlenext poursuit son action de sensibilisation des pouvoirs publics à Bruxelles. C’est Caroline Weber, chez Middlenext, qui est en charge du dossier. Elle co-préside également l’association européenne des sociétés cotées avec son collègue anglais, président de l’homologue de Middelnext à Londres. Ensemble, ils sont tombés d’accord sur la nécessité de revoir la directive transparence pour l’adapter aux valeurs moyennes.
La situation devrait évoluer l’an prochain, puisque la Commission lancera une mission d’évaluation de la directive Transparence entre janvier et septembre 2009. Mais le combat de ces associations ne se limite pas à la seule question des semestriels, elles entendent bien convaincre les instances européennes d’organiser une adaptation générale des textes existants aux valeurs moyennes. Vaste chantier !
Andréa Bonhoure

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