Ce mois d’août aura été agité dans le monde de l’information financière. Pour la deuxième année en effet, les sociétés cotées françaises étaient tenues, en vertu de la réglementation européenne, de publier leurs résultats semestriels dans les deux mois suivant la fin du premier semestre de leur exercice. Soit le 31 août. Gageons que tous ceux qui ont participé à ce grand sprint estival doivent maudire Bruxelles ! Car non seulement l’exercice n’est pas simple, mais en plus il n’apporte pas forcément les résultats escomptés en termes de transparence financière. Sébastien Faijean, du bureau d’analyse financière indépendant IDMidCaps, nous fait part de son expérience.
Reginfo : Comment se sont passés les derniers jours du mois d’août ?
Sébastien Faijean : Mal. Les sociétés avaient jusqu’au 31 août pour publier leurs semestriels. Mais il se trouve que le 31 était un dimanche, ce qui a aggravé une situation que nous anticipions déjà comme difficile au vu de l’expérience de l’année passée. Et cela a été difficile. Entre le jeudi 28 et le vendredi 29 août, j’ai dénombré une centaine de publications, 15 réunions de présentation et une poignée de conference calls. C’est ingérable. Nous avons donc des difficultés pour absorber en une semaine ce qui avant se déroulait sur un mois. Quant aux sociétés, leur communication est brouillée, y compris celle des plus grandes, et les petites ne sont pas entendues. C’est un système parfaitement absurde.
On l’imagine volontiers, mais quelles sont les conséquences pratiques pour vous dans votre travail d’analyste ?
Il faut faire des choix, ce qui nous amène à faire des arbitrages fondés généralement sur la taille des sociétés. Les valeurs moyennes avaient pourtant tenté de s’organiser en fixant leur date de publication très tôt. Mais les poids lourds de la cote sont arrivés et tout a été désorganisé. Nous travaillons dans l’urgence et en plus nous sommes dans l’impossibilité de traiter toutes les sociétés qui nous intéressent. J’ai vu de très belles valeurs moyennes réunir la moitié des analystes qu’elles auraient du avoir, simplement parce que leur réunion se déroulait en même temps que celle d’une valeur plus importante, même dans un secteur différent. Par ailleurs, il nous est difficile d’effectuer un vrai travail d’analyse de fond dans l’urgence et l’agitation.
Certaines sociétés ont publié un communiqué dans les temps pour respecter leurs obligations et programmé une réunion de présentation après le 31 août, évitant ainsi les travers que vous évoquez. N’est-ce pas une solution pour désengorger les agendas ?
Cela soulève pour nous un autre problème : quand devons-nous fournir une analyse au client ? A la sortie du communiqué ? Elle sera incomplète. Après la réunion ? Elle sera tardive. La solution n’est pas satisfaisante. La semaine dernière, au milieu de cette cacophonie, un certain nombre de sociétés ont émis des profit warning. Très bien. Mais, pour certaines d’entre elles, la réunion de présentation est fixée une semaine plus tard voire davantage. Que fait-on entre temps ?
D’autres sociétés avaient annoncé qu’elles opteraient pour la « désobéissance civique ». Est-ce le cas ?
Oui, mais de manière très marginale. La plupart se sont donné du mal pour être dans les temps, elles ont pour cela accéléré le processus de production des comptes en interne, mobilisé leurs conseils, leurs auditeurs. Logiquement, elles ont voulu montrer les résultats de ces efforts. Conséquence ? La réglementation européenne nous a placés dans une situation kafkaïenne. Toute la chaine en pâtit, la transparence visée n’est pas au rendez-vous et dans un contexte économique et boursier pour le moins perturbé, je me demande comment les investisseurs font pour s’y retrouver, s’il est encore possible de trier le bon grain de l’ivraie!
Propos recueillis par Andréa Bonhoure

J'ai bien sûr lu avec attention l'interview, de Sébastien Faijean, bien nommée: "Kafka au pays de l'information financière". Je partage tout à fait l'ensemble de ses observations et il est peu de dire que Middlenext avait très largement anticipé cet "embouteillage".
Toutefois il y a une inexactitude à la fin, lorsqu'il parle des sociétés qui n'ont pas respecté le délai, puisque nous avons fait un comptage et qu'à notre connaissance plus de 120 sociétés ont publié en septembre, et cela sans compter celles qui ont publié en août pour des nécessités de communication d'opérations financières. Cela est loin d'être "marginal". Je me demande quelles auraient été les conséquences de ce supplément au programme.
De plus, je voudrais vous dire que nous sommes loins de la désobéissance civile puisque l'AMF elle-même a soutenu notre demande de modification de la directive transparence auprés des autorités européennes et que Middlenext est actuellement engagée dans les instances européennes pour modifier cette directive.
Enfin, pour refaire un historique, je tiens à dire qu'il est absolument inutile de "maudire Bruxelles" et que les entreprises françaises n'ont qu'à s'en prendre à elles-mêmes. Nous n'avions qu'à nous mobiliser au moment des consultations au sujet de cette directive, et quand je vois encore aujourd'hui que Middlenext n'a "que" 120 adhérents je me dis qu'il y en a beaucoup qui n'ont pas encore compris l'importance de l'union.
Rédigé par : Guy Mamou-Mani Président Middlenext | vendredi 05 septembre 2008 à 16:31