La pression monte à mesure que se rapproche l’échéance fatidique des prochains comptes semestriels !
Et chacun de penser avec angoisse qu’il doit se préparer à courir le même marathon que l’an dernier pour sortir les comptes, réunir le conseil d’administration, fixer une date de présentation aux analystes et à la presse, le tout avant le 31 août. Ah ! Si seulement une bonne fée pouvait annuler le mauvais sort jeté par Bruxelles sur les sociétés cotées, les agences de communication, les auditeurs et les analystes….Pour cette année, il va bien falloir se résoudre à réitérer la douloureuse expérience. Ni l’AMF ni même le gouvernement français ne peuvent rien y faire….ainsi va l’Europe. Mais pour l’avenir, tout n’est pas perdu. L’association MiddleNext, soutenue par le régulateur mais aussi par tous les professionnels concernés de près ou de loin par les exigences de la directive Transparence, se bat pour faire entendre la voix des petites et moyennes capitalisations auprès des instances européennes. Caroline Weber, directrice générale de l’association, fait le point de la situation.
Qu’en est-il des démarches de MiddleNext au niveau européen pour défendre les petites et moyennes capitalisations ?
Je me rends une fois par semaine à Bruxelles pour faire entendre la voix des VaMPs (1) sur le sujet des semestriels, mais aussi plus généralement sur la nécessité de concevoir un système adapté aux petites et moyennes valeurs. Depuis l’origine, les instances communautaires ont eu tendance à se concentrer sur le cas des grosses capitalisations et à réglementer en se fondant sur ce modèle. Le plus souvent d’ailleurs à la suite de scandales, ce qui explique la sévérité des contraintes mises en place. La conséquence, c’est que de nombreux textes comme la directive Transparence ou encore Prospectus ne tiennent pas compte des spécificités liées à la taille des petites et moyennes valeurs, ce qui les amène à imposer des contraintes totalement inadaptées. Nous constatons que le message commence à être entendu, ne serait-ce que parce que les instances européennes ont compris l’importance de ces sociétés en termes de croissance et d’emploi. Notre ambition est d’obtenir l’aménagement des textes existants. A plus long terme, nous souhaitons que les instances européennes adoptent le réflexe lors de chaque élaboration de texte touchant les sociétés cotées de consulter et de tenir compte de la taille des Vamps. Je vous rappelle qu’elles représentent plus de 80% des sociétés cotées.
La directive transparence a été adoptée le 15 décembre 2004. N’est-il pas un peu tard pour espérer obtenir une modification du texte ?
Nous nous sommes préoccupés de ce texte dès l’origine, mais il est vrai qu’en France l’attention s’est plutôt portée sur la question des trimestriels. Finalement, nous avons eu gain de cause puisque la directive Transparence ne les impose pas. Le Parlement européen a prévu que la Commission devrait lui soumettre un bilan d’application du texte d’ici 2009. Il n’est donc pas trop tard pour agir. Par ailleurs, si la représentation des petites et moyennes capitalisations a mis du temps à se structurer au niveau européen, les choses avancent. En mars dernier, les associations EALIC (European association of listed companies) et UNIQUE (Union of issuers quoted in Europe) ont créé Europeanissuers, la première organisation paneuropéenne représentant les sociétés cotées. Elle rassemble déjà 9200 sociétés cotées. A l’intérieur de ce nouvel ensemble, MiddleNext a un rôle moteur pour faire entendre la voix des petites et moyennes capitalisations.
Un régime taillé sur mesure pour les PME ne risque-t-il pas d’être considéré comme une entorse aux exigences de sécurité liées à la nécessité de restaurer la confiance dans les marchés ?
Observez le fonctionnement d’Alternext. Les contraintes réglementaires ont été allégées, or, cela n’empêche pas les investisseurs de s’intéresser à ces sociétés et le marché est même très dynamique ! Il ne s’agit pas de réduire la sécurité mais simplement de concevoir un système adapté qui n’impose pas aux petites et moyennes valeurs des contraintes inutiles, coûteuses et hors de portée. Les textes actuels ont été taillés sur mesure pour les grosses capitalisations, pourquoi ne pas envisager de tailler également des textes sur mesure pour les VaMPs ? Il y va de l’avenir des marchés financiers européens car en l’état, les contraintes de cotations sont si lourdes que nombre de petites et valeurs moyennes se posent la question de l’intérêt de rester cotées. Le problème est particulièrement criant sur les semestriels. Sur le terrain du gouvernement d’entreprise, il est très difficile de réunir un conseil d’administration au mois d’août. Par ailleurs, l’encombrement des publications de comptes sur une dizaine de jours fin août a pour effet que les journalistes et les analystes n’ont pas d’autre choix que de privilégier les grosses capitalisations. A quoi sert encore d’être coté, si ni la presse ni les analystes ne s’intéressent à vous ?
Plusieurs sociétés, notamment sur ce blog, ont annoncé qu’elles ne publieraient leurs comptes qu’en septembre, qu’en pensez-vous ?
Effectivement, de très nombreuses sociétés nous ont indiqué qu’elles ne seraient pas en mesure de publier fin août et qu’elles sortiraient leurs comptes courant septembre. C’est la démonstration pratico-pratique des difficultés réelles soulevées par l’obligation de publier des semestriels en deux mois incluant le mois d’août. Avec la meilleure volonté du monde, la majorité des petites et moyennes capitalisations ont du mal à se plier à l’exercice qui a, en outre, l’inconvénient de les priver de la présence des analystes et de la presse. Ceci confirme bien que le délai de la directive n’est pas adapté et qu’il est d’autant plus important de se mobiliser pour qu’elle soit amendée au niveau européen. MiddleNext, dans le contexte de la Présidence Française pour les six prochains mois, compte bien évidemment sur l’implication de tous dans cette démarche et se réjouit du soutien de l’AMF.
VaMPs : valeurs moyennes et petites définies par l’AMF comme englobant toutes les sociétés cotées dont la capitalisation est inférieure à 1 milliards d’euros, soit 80% de la cote.
Propos de Caroline Weber recueillis par Andréa Bonhoure

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