Vous voulez mettre un analyste financier en colère ? Parlez-lui des comptes semestriels ! Depuis que la directive transparence impose de les publier dans les 60 jours qui suivent la clôture de l’exercice, soit au plus tard le 31 août, l’agenda estival des analystes est aussi chargé que celui d’un candidat aux élections présidentielles dans les derniers jours de campagne ! De fait, les analystes rejoignent la longue cohorte de ceux qui estiment que le délai de publication dans les deux mois est intenable. Déjà l’association Middlenext avait protesté l’an dernier si fort que l’AMF avait mis en place un groupe de travail pour observer de plus près la situation. Au terme de ses réflexions, l’AMF a annoncé en janvier qu’elle allait faire son possible pour aider les smalls et mid-caps à respecter leurs obligations et que, par ailleurs, elle appuierait leurs démarches auprès de Bruxelles pour revoir la directive.
Les analystes sont inquiets
Quoiqu’il advienne des négociations sur ce sujet, les prochains semestriels approchent, et ils devront être publiés avant le 31 août. Or, les analystes gardent un souvenir amer de l’expérience de l’an dernier. Songez-donc : ils ont dénombré 46 réunions durant la dernière semaine de juillet 2007, 60 réunions dans les trois derniers jours d’août, dont 20 pour la seule matinée du 31 août ! Evidemment, faute de temps, la plupart des analystes n’ont pu se rendre qu’aux réunions des plus grosses capitalisations. Tout donne à penser que le même scénario va se reproduire cette année. « Nous avons déjà nos agendas plus que remplis sur la période du 25 au 31 août» souligne Sébastien Faijean de Idmidcaps qui poursuit : « je suis très inquiet, je ne vois pas comment nous allons pouvoir traiter toutes les sociétés sur un laps de temps aussi court. Il fut un temps où, entre deux publications de comptes, nous pouvions faire notre métier et analyser en détail les sociétés, désormais nous sommes sous un feu roulant de publications de comptes, y compris durant toute la période estivale, c’est absurde et contreproductif en termes d’information financière ». Il faut dire qu’avant l’entrée en application de la directive transparence, les conférences sur les semestriels s’échelonnaient sur les mois de septembre et d’octobre. Désormais elles se concentrent entre la fin juillet et le 31 août. « Les sociétés donnent le sentiment qu’elles sont obsédées par l’idée de communiquer dans les délais et qu’elles ne se soucient absolument pas de l’embouteillage que cela occasionne pour nous », s’agace Sébastien Faijean, qui évoque une « politique de la terre brûlée ».
Mais alors que faire ?
Deux pistes de réflexion se dégagent pour faciliter l’exercice : étaler les réunions de présentation des comptes et harmoniser le contenu du rapport.
Etaler les réunions est vital, en particulier au sein d’un même secteur, pour éviter que les analystes ne soient obligés de privilégier les plus grosses sociétés au détriment des plus petites, faute de disposer du don d’ubiquité. Mais l’exercice est difficile voire impossible pour les sociétés qui ont déjà du mal à cordonner leurs services internes, leurs auditeurs, leurs agences de communication et leurs organes de direction dans les délais très courts imposés par les textes. Certains analystes ont leur idée sur la question : « Pourquoi ne pas simplement publier un communiqué en juillet assorti d’une conférence call avec le directeur financier et reporter les explications fondamentales dans le cadre d’une conférence au mois de septembre ? Certains l’ont fait l’an dernier, c’était une bonne idée » souligne l’un d’entre eux. Sébastien Faijean est moins enthousiaste : « le problème restera le même, nous aurons 10 conférences call par jour ! Pourquoi les sociétés ne font-elles pas en sorte d’éviter de communiquer toutes en même temps ? Elles pourraient peut-être s’organiser via leur association Middlenext ». Du côté de Middlenext, on y travaille. « Il est vrai que jusqu’à présent, nous nous sommes focalisés sur la difficulté de produire les comptes en temps et en heure, mais on voit bien que ce n’est pas le seul problème et que la directive pose aussi des difficultés aux auditeurs, aux agences de communication et aux analystes. Il n’est pas exclu que nous décidions de prendre nos responsabilités et de dépasser les délais réglementaires. Publier les chiffres dans les délais et organiser des conférences plus tard en septembre ou octobre fait aussi partie des pistes de réflexion ».
Un modèle de rapport unique ?
Et normaliser le rapport ? « Ça c’est une excellente idée, s’enthousiasme Sébastien Faijean, il faudrait non seulement avoir une obligation de communication de certains éléments comme la croissance organique ou l’évolution des marges d’une année sur l’autre, mais également que les communiqués soient davantage formalisés dans leurs présentations en mettant en avant des best practices dans le domaine. Plus les rapports seront harmonisés et plus notre travail s’en trouvera facilité ». Du côté des sociétés concernées, on ne s’oppose pas par principe à l’idée d’harmoniser les rapports, mais on émet des réserves. « Nous avons eu notre quota de formalités et obligations diverses. S’il s’agit de s’entendre ensemble sur une architecture de document ou la présentation d’un tableau, pourquoi pas, mais qu’on ne vienne pas nous infliger de contraintes réglementaires supplémentaires ! ».
D’après une étude réalisée l’an dernier par l’Agence Labrador, sur 66 grands groupes cotés, 29 sociétés ont suivi un schéma de semestriels organisé comme suit : Chapitre 1 : Activité - Chapitre 2 : Etats financiers consolidés (Comptes de résultats, Bilans au X, (Tableaux des) flux de trésorerie, (Variations des) capitaux propres, Notes annexes) Chapitre 3 : Responsable, Chapitre 4 : Commissaires aux comptes. Le schéma a l’air frappé au coin du bon sens, aussi logique que classique. Pourtant, 15 sociétés ont suivi cet ordre mais en changeant les titres, 14 ont adopté un autre ordre des rubriques mais avec les mêmes intitulés, et 8 enfin ont opté pour une présentation totalement différente.
On le voit, l’harmonisation n’est pas encore au rendez-vous. Pourtant, elle faciliterait la lecture de ces documents et leur comparaison, notamment pour les analystes. De son côté, l’AMF n’a pas effectué de recommandations. Il est vrai que ses exigences se limitent pour l’instant à ce que l’information soit publiée et qu’elle soit lisible. S’il advenait que les utilisateurs de comptes se plaignent de leur organisation par trop disparate, le régulateur pourrait intervenir….
Andréa Bonhoure

En tant que président d’une valeur moyenne cotée sur l’Eurolist Paris, je souhaite réagir à votre article en regrettant le traitement indifférencié des sociétés en matière d’obligations réglementaires.
Nous avons toujours « joué » le jeu de l’information et nous continuerons à le jouer car nous reconnaissons l’importance de développer des relations transparentes avec les investisseurs au sens large.
Cependant il nous paraît essentiel que les autorités reconnaissent aujourd’hui d’une part les efforts déjà réalisés et d’autre part les différences substantielles en terme de moyens entre grandes valeurs et petites et moyennes valeurs pour produire une information de qualité dans des délais toujours plus courts.
Nous avons de notre côté déjà pris la décision de publier notre rapport financier semestriel en septembre car nous ne sommes tout simplement pas capables de le faire dans les nouveaux délais requis, en garantissant la qualité d’information attendue par les marchés et répondant aux objectifs de transparence que nous nous sommes fixés.
Même si nous sommes conscients des avantages de la réduction des délais, et que nous nous fixons comme objectif à terme de progresser dans ce domaine, nous savons que notre position est largement partagée par nombre de valeurs moyennes en Europe. Nous les engageons sincèrement à suivre notre exemple en septembre.
Les sociétés petites et moyennes doivent permettre aux autorités de réaliser qu’un traitement particulier est conforme aux objectifs de qualité de contenu, d’analyse et de circulation de l’information.
Rédigé par : pocpoc | mardi 13 mai 2008 à 09:39