Lundi 17 septembre, Labrador a lancé la première base européenne d’archivage d’informations réglementées des sociétés cotées, baptisée REGinfo et accessible depuis le site Internet : www.francereginfo.com. La société met ainsi à profit son expertise et inscrit sa démarche dans le cadre des nouvelles exigences liées à la directive Transparence.
Entretien avec Laurent Rouyrès, PDG de Labrador, et Nicolas Raynier, Directeur général.
Comment cette innovation s’intègre-t-elle à la stratégie de Labrador?
Laurent Rouyrès : Cette démarche est cohérente avec le caractère unique de Labrador sur le marché et son expertise en matière d’accessibilité appliquée à l’information réglementée. Ce qui fait de la société un interlocuteur unique dans ce domaine, c’est le travail de conseil et d’orientation qui rend l’information réglementée plus accessible, notamment dans deux domaines spécifiques. Le premier est celui de l’organisation de l’information au sens de la réalisation des documents périodiques; ceci vise, par exemple, l’ergonomie de lecture, les modes de navigation…Le deuxième domaine touche à l’innovation permanente - et les investissements réalisés en R&D - qui permet de raccourcir les délais de diffusion de l’information. C’est donc cette dimension d’accessibilité qui fait de Labrador un acteur clef de ce marché et c’est ce qui nous a conduits à proposer une offre innovante en matière d’archivage Concrètement, il s’agit de mettre à disposition des émetteurs une plate-forme unique permettant aux investisseurs d’accéder rapidement à l’ensemble des informations réglementées dans un environnement convivial.
De quelle façon alimentez-vous la base ?
Nicolas Raynier : La base intègre trois différentes catégories d’informations réglementées. La première concerne l’information permanente - notamment les communiqués - liée à l’application de la Directive transparence. La deuxième catégorie est celle des informations périodiques : ce sont généralement des documents volumineux du type documents de référence, rapports financiers annuels et semestriels, les informations relatives aux assemblées des actionnaires, et les documents 20 F pour les sociétés cotées à New York. Enfin, le troisième type d’informations réglementées concerne celles requises dans le cadre d’opérations financières, par exemple des introductions, des augmentations de capital ou des fusions/acquisitions.
Pour ce qui est de l’information permanente nous avons passé des accords d’intégration de flux avec les principaux Wires (Companynews rebaptisée Hugin et Business Wire). Nous intégrons automatiquement les informations provenant des 680 sociétés cotées sur le marché réglementé à Paris. Globalement, la base permet d’ores et déjà d’accéder à quelque 50 000 documents émanant des sociétés cotées sur les compartiments A, B et C de l’Eurolist Paris et des sociétés faisant partie des indices européens (Dax 30 pour l’Allemagne, FTSE 100 pour le Royaume-Uni, AEX des Pays-Bas, etc…). Nous avons également rajouté les informations relatives aux plus grandes capitalisations américaines avec les valeurs composant le S&P 100.
Dans votre communiqué de presse, vous parlez de coopération avec les grandes sociétés, Que voulez vous dire ?
Laurent Rouyrès : Nous sommes conscients que cette innovation importante a pu voir le jour grâce aux travaux réalisées avec les sociétés clientes de Labrador tout au long des six dernières années. Autrement dit, sans la confiance des grands groupes français, nous n’en serions pas là. Au fil du temps, nous avons progressivement bâti une base de données et d’archivage. Notre clientèle nous a aussi permis de mutualiser un certain nombre d’investissements pour répondre aux besoins individuels de certains émetteurs.
Pouvez-vous apporter des précisions sur cette plate-forme informatique ?
Nicolas Raynier : La plate-forme Internet est hébergée par la société COLT, société spécialisée dans l’hébergement d’applications critiques. Elle héberge, par exemple, les applications informatiques de la plupart des bourses européennes et un certain nombre d’applications bancaires en ligne pour des grands établissements. Cette société, qui est donc habituée à travailler avec des niveaux d’exigence élevés à la fois en termes de performance et de sécurité, respecte les critères habituellement imposés à tous les acteurs de l’information réglementée.
De son côté, Labrador s’est imposé un cahier des charges exigeant en termes de standards. Ces derniers couvrent différentes dimensions : la sécurité, les transferts et le stockage des données ainsi que la disponibilité de la plate-forme. Nous garantissons aux émetteurs la possibilité d’archiver les données 24h/24 et 7j/7, et il en est de même pour la consultation par les investisseurs. Sans oublier les critères d’authentification et de traçabilité permettant, d’une part, de vérifier à tout moment l’identité de la personne qui a déposé des informations et, d’autre part, de remonter la chaîne de transmission de l’information (à quelle heure et par qui l’information a-t-elle été reçue ? Par qui a-t-elle été publiée ? A quelle heure cette information a-t-elle été rendue disponible sur le site ?). Nous avons par ailleurs mis en place une redondance complète de la plate-forme comprenant des serveurs de back up assurant instantanément la continuité du service en cas de défaillance de nos serveurs principaux.
Il est surprenant de constater que votre modèle économique est fondé sur la gratuité.
Laurent Rouyrès : Nous avons effectivement fait le choix d’un modèle économique fondé sur la gratuité tant pour les émetteurs que pour l’audience. Il s’agit d’une part d’un juste retour des choses vers les émetteurs qui nous ont soutenus ces dernières années. Cette innovation s’inscrit dans une démarche de services complémentaires sans contribution financière. Ce choix correspond, d’autre part, à notre objectif de proposer une base aussi exhaustive et aussi complète que possible. Concernant l’audience, nous nous sommes calés sur les réglementations, et notamment sur l’esprit de la Directive Transparence et du règlement général de l’AMF qui veille à garantir une égalité d’accès à l’information. Que l’investisseur soit un professionnel ou bien un particulier, il aura accès à toute l’information. Tous les modes de recherche - simples ou avancés - sont ouverts pendant une période trois mois. Après cette date, la consultation et les recherches resteront gratuites mais dans l’hypothèse d’une recherche avancée combinant des critères multiples, nous demanderons à l’utilisateur de s’enregistrer via un formulaire simple qui nous permettra de qualifier son profil de manière synthétique.
Mais comme pour tout projet important, n’est-il pas indispensable qu’il existe un retour sur investissement ?
Laurent Rouyrès : Evidemment, et il existe d’ailleurs un modèle économique induit. Je m’explique : la mise en place de cet ensemble d’informations sur une même base et sur un même site va conduire les émetteurs à identifier l’écart qui les sépare des « Best Practices ». Naturellement, ceux qui voudront combler les écarts se tourneront vers Labrador. Avec le temps, nous devrions être progressivement sollicités pour des prestations spécialisées qui sont au coeur même de notre métier. Je pense, par exemple, à la traduction systématique des documents en anglais, aux formats électroniques de publication de documents ou encore à la façon de structurer les documents de référence...
La France est le premier Etat membre à proposer cette solution. Ne pensez-vous pas que d’autres initiatives puissent voir le jour ?
Nicolas Raynier : Il n’existe rien d’équivalent en Europe à ce jour au regard de trois critères qui nous paraissent fondamentaux. Le premier est que nous proposons une couverture exhaustive des émetteurs et de leurs informations réglementées. Le second critère concerne le modèle gratuit/gratuit et, enfin, le troisième a trait à l’accessibilité linguistique proposée puisque les informations sont publiées en langue locale et en anglais, pour les investisseurs non francophones.
Quel a été le rôle de l’AMF ?
Nicolas Raynier : L’Autorité des Marchés Financiers a joué un rôle historique en la matière en acceptant d’archiver sur son site l’information réglementée des émetteurs, depuis des années. Cette étape a duré jusqu’au 4 juillet dernier. Depuis, l’AMF a arrêté la mise à jour des informations et propose une solution transitoire : les émetteurs archivent l’information sur leurs propres sites et l’AMF s’engage à tenir à jour une liste alphabétique des émetteurs enrichie de liens hypertexte permettant d’accéder systématiquement aux espaces dédiés des sociétés sur leur sites Internet. Ces espaces dédiés d’archivage sur les sites des émetteurs disparaîtront à terme. Et d’ici à décembre 2008, conformément aux dispositions de la Directive, l’AMF, comme les autres régulateurs des autres Etats Membres, devra mettre en place une procédure permettant de nommer au moins un archiveur spécialisé pour la France.
Pour cet archivage des données, la Directive fixe la deadline en décembre 2008. Ne pensez-vous pas que le fait de se lancer le premier implique aussi des risques ?
Laurent Rouyrès : Nous avons pris la décision de lancer la base d’archivage dès maintenant car nous sommes convaincus que le marché a un besoin réel d’une source d’information de référence d’accès rapide et convivial et parce que nous avons la légitimité pour le faire. Mais comme l’obligation pour les 27 Etats membres de veiller à ce qu’il existe au moins une base centrale d’archivage est fixée à décembre 2008, nous nous attendons effectivement à voir émerger d’autres projets. Nous ne pouvons pas préjuger des autres initiatives. Nous savons qu’il en existe déjà une en Allemagne mais qui propose un archivage des informations uniquement en allemand et dont les services sont payants pour l’audience. Autre exemple : dans le cas de l’Espagne, le régulateur continue à assurer cette fonction.
Que représente la création de cette base en termes d’investissements ?
Nicolas Raynier : Cela fait partie des investissements de recherche et développement que Labrador réalise sur une base annuelle puisque la société réinvestit systématiquement quelque 15% de son chiffre d’affaire dans ce domaine. Ceci étant, les développements réalisés dans le cadre du lancement de cette base www.francereginfo.com sont mutualisés avec d’autres besoins de la société dans le cadre de son métier. Je pense par exemple à la sécurisation des échanges des données, le stockage des données, la disponibilité d’outils de travail innovants et performants…

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