« J’ai toujours souhaité devenir avocate et je voulais vivre en France. »
La France, Linda Hesse, l’a découverte à partir de la ville de Tours où elle a passé une année durant son cursus universitaire. Une fois avocate, et après un an passé au sein du cabinet Shearman & Sterling à New-York, elle est mutée au bureau de Paris où elle découvre la réglementation financière française.
Nous sommes alors dans les années 1994-2000, une époque où peu de femmes exercent des fonctions financières ou juridiques au sein des sociétés cotées clientes du cabinet. Linda Hesse parle d’ailleurs de cette évolution qui a permis à la gent féminine de conquérir une place dans la finance et le contrôle de gestion, des domaines jusque-là réservés aux hommes et qui se sont ouverts durant cette période de croissance fabuleuse des marchés.
Aujourd’hui, avocate aux barreaux de Paris et de New-York et associée du cabinet Jones Day, Linda Hesse, née dans le New Jersey, travaille à la fois avec les émetteurs et les banques pour mener à bien des introductions en bourse et conseiller les sociétés cotées en bourse. Ce qui lui plaît, c’est d’aider les entreprises à passer le cap de l’introduction en bourse, les initier au fonctionnement juridique des marchés financiers, participer à la mise en place de leur stratégie de communication qui devra respecter la réglementation tout en faisant passer les messages qui lui sont propres et, enfin, apprendre à ces sociétés la discipline juridique qui va de pair avec le bon fonctionnement des marchés.
« Une communication mal maîtrisée peut avoir des conséquences juridiques néfastes qui vont bien au-delà de l’image de la société, » fait-elle remarquer pour être intervenue sur de nombreuses opérations importantes et donc médiatisées.
Persuadée qu’une société bien préparée à son introduction est une société qui vivra mieux sa vie de société cotée, elle s’emploie à être à la fois pédagogue et didactique. Mais pas question d’envisager une surenchère de l’information, Linda Hesse veut participer à la mise en place de bonnes pratiques qui seront pérennes. Elle insiste aussi sur la nécessité d’aborder toute situation – que ce soit dans le contexte d’une opération de bourse ou dans la réglementation courante – de façon consensuelle pour parvenir à un juste équilibre entre les différents intervenants car, si l’objectif final est bien le même pour tous les acteurs, « il existe parfois des intérêts divergents à la marge.»
Parmi les temps forts de sa vie professionnelle, cette avocate, qui a travaillé avec quelque quarante sociétés depuis son arrivée en France, cite les années 2002-2003 comme « des années très difficiles où les émetteurs ont dû faire face à des situations de communication délicates. » Parmi ses autres souvenirs, elle évoque l’ouverture du capital de France Télécom et toutes les opérations qui ont suivi, de l’acquisition d’Orange à sa cotation, et ensuite son rachat. Elle parle également de l’introduction de Danone à New-York. Non sans un certain regret dans la voix puisque la société a décidé de se retirer de la cote américaine en juillet 2007.
Linda Hesse envisage-t-elle de retrouver ses racines et de retourner travailler aux Etats-Unis ? Non, répond-elle spontanément. Il est intéressant d’aider les professionnels qu’elle côtoie à comprendre les différences de mentalités entre Américains et Français. Ces Français qui l’ont surprise au moment de son arrivée, tant par leur résistance à certaines surenchères réglementaires que par la très grande rigueur dont ils font ensuite preuve lorsqu’ils passent à l’étape de la mise en œuvre. « J’ai l’immense chance de travailler avec des professionnels d’un talent et d’une énergie incroyable qui rendent ma vie professionnelle passionnante. »

