Entretien avec Eric Seyvos, associé du cabinet Bellot Mullenbach et Associés
IMA France organisait mardi matin une conférence sur Alternext. L’objectif ? Tirer un premier bilan des réformes intervenues il y a un an pour dynamiser ce marché et faciliter l’accès des PME aux marchés financiers. Eric Seyvos, associé du cabinet Bellot Mullenbach et Associés, faisait partie des intervenants. En tant que commissaire aux comptes de plusieurs PME cotées, il nous livre son opinion sur le développement d’Alternext.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement multiplie les mesures destinées à encourager les PME à entrer sur les marchés financiers. Quel premier bilan peut-on tirer de ces réformes ?
Les chiffres sont encourageants. Rappelons que le gouvernement a autorisé le transfert des sociétés cotées sur Euronext vers Alternext et que l’Autorité des normes comptables a souhaité faciliter ce passage en autorisant ces sociétés à renoncer aux IFRS si elles le souhaitaient. Alternext n’étant pas un marché réglementé mais régulé, les sociétés qui y sont inscrites n’ont pas l’obligation en effet d’appliquer les IFRS. En 2010, on a dénombré 11 introductions sur Alternext, 15 transferts en provenance d’Euronext, 8 transferts du marché libre, 3 opérations privées, soit au total 37 nouvelles cotations. Par ailleurs, on compte déjà 8 introductions sur Alternext en 2011. Sur les 15 transferts, nous savons qu’au moins deux d’entre elles ont opté pour le règlement 99-02 applicable aux comptes consolidés en normes françaises, en lieu et place des IFRS. Cela montre que les mesures gouvernementales sont efficaces. Au total, il y a aujourd’hui 158 sociétés cotées sur Alternext. La capitalisation boursière moyenne s’élève à 36 millions d’euros, médiane à 25 millions. Depuis la création en mai 2005, Alternext a permis de lever 2,4 milliards.
Qu’est-ce qui explique selon vous l’attrait d’Alternext ?
Sans doute a-t-on trouvé un juste équilibre entre le besoin de protection des investisseurs et l’adaptation des contraintes réglementaires à la taille des sociétés concernées. Sur Alternext, la publication de comptes trimestriels est facultative, celle des semestriels s’inscrit dans un délai de 4 mois au lieu de 2 et les comptes n’ont pas à être audités. De même, le comité d’audit n’est pas obligatoire. Et il n’est pas imposé de recourir aux IFRS. Par ailleurs, on observe que ces sociétés gagnent en visibilité. Or, la visibilité et la liquidité sont les deux éléments importants que le gouvernement cherchait précisément à développer. Quand on observe les chiffres, on s’aperçoit que les sociétés qui ont opéré le transfert d’Euronext vers Alternext ont vu la liquidité de leurs titres s’accroître. Elles ont trouvé leurs investisseurs ! Une société comme Biosynex, dans le secteur pharmaceutique, a vu sa valeur multipliée par 300% depuis son introduction. Il y a donc de belles histoires sur Alternext.
On constate également des transferts du marché libre vers Alternext, pour quelles raisons à votre avis ? …
Il semble que oui. Beaucoup de sociétés cotées sur le marché libre ont peu, voire aucune, activité sur leurs titres. En réalité, elles ne s’aperçoivent qu’elles sont cotées que lorsqu’il s’agit de payer les frais. Ce qui explique sans doute les transferts. Plus Alternext attirera d’introductions nouvelles et de transferts en provenance d’autres marchés et plus il gagnera en visibilité et en liquidité. C’est important car le but consiste à permettre aux entreprises de se financer autrement qu’en recourant au crédit bancaire, en particulier en période de crise où le crédit devient rare.
Certains estiment que les contraintes réglementaires sur Alternext sont encore trop lourdes. Qu’en pensez-vous ?
Il ne faudrait pas qu’Alternext apparaisse comme un marché uniquement caractérisé par son allégement réglementaire, cela nuirait à son image auprès des investisseurs comme l’a montré l’exemple du marché libre. En revanche, on peut sans doute travailler sur la réduction des coûts. En l’état, le coût d’une introduction représente 5 à 9% des fonds levés selon la taille de l’opération, le contexte et le choix des prestataires. Etant précisé que deux tiers de ces coûts vont au Prestataire de Services d’investissement, le reste se répartissant entre frais de Listing sponsor et autres conseils. Il est à noter que les coûts lors d’une levée secondaire, c’est-à-dire post introduction, sont bien inférieurs et souvent plus avantageux qu’un financement bancaire.
Propos recueillis par Andréa Bonhoure

