Emetteurs, il va falloir compter à l’avenir avec l’ESMA, la nouvelle Autorité européenne des marchés financiers mise en place le 1er janvier 2011. Souvenez-vous, en novembre dernier, l’AMF annonçait dans sa recommandation en vue de l’arrêté des comptes 2012 :
« D’ores et déjà on peut affirmer que la coordination des actions des régulateurs de marchés se renforcera en 2013, ne serait-ce qu’au niveau européen. En effet, l’ESMA a décidé le 6 novembre 2012 d’identifier quatre thématiques relatives à l’application des normes IFRS qui devront faire l’objet de contrôles par les régulateurs nationaux et pourront ainsi alimenter des études que l’ESMA prévoit de rendre publiques. Compte tenu du contexte économique et de marché observé en cette fin 2012, les quatre thématiques portent sur l’information sur :
- les tests de dépréciation menés sur les actifs non financiers,
- les taux d’actualisation utilisés notamment pour la valorisation des engagements de retraite,
- les provisions pour risques et charges,
- les expositions aux instruments financiers (dont la dette souveraine) et la façon dont ces instruments sont valorisés ».
Les taux d’actualisation sous haute surveillance
Eh bien nous y sommes ! Lors d’une conférence de l’IMA qui s’est tenue le 27 février au Westin, Roxana Damianov, senior officer à la division investment et reporting de l’ESMA et Patrick Parent, directeur des affaires comptables de l’AMF ont présenté le rôle de l’ESMA en matière d’information financière ainsi que les résultats d’une étude sur les dépréciations d’actifs réalisée auprès de 235 émetteurs dans 23 pays de l’Union, sélectionnés pour l’importance de leurs goodwills. Les slides de présentation qui détaillent les résultats de l’étude sont accessibles ici : Etude ESMA présentation IMA 27-02-13. Globalement, même si l’ESMA n’a pas souhaité opérer de comparaison entre pays, Patrick Parent a indiqué que la France se situait dans la moyenne en termes de respect des prescriptions d’IAS36. S’il fallait retenir une idée force de cette présentation, c’est que l’AMF comme l’ESMA seront de plus en plus attentives aux différentes composantes des taux d’actualisation. C’est déjà ce qu’évoquait l’AMF dans sa recommandation en vue de l’arrêté des comptes 2012 :
« Les taux d’actualisation entrent en compte dans l’évaluation de nombreux éléments de l’actif et du passif. Lorsque les horizons de temps sont éloignés, les valorisations sont extrêmement sensibles à une variation même minime du taux d’actualisation. Or l’aversion au risque qui caractérise actuellement les marchés financiers se traduit par des taux de référence (taux sans risque pour les tests de dépréciation IAS 36 ou taux des obligations d’entreprises de haute qualité pour les engagements de retraite) extrêmement bas. C’est pourquoi l’AMF encourage les émetteurs à décrire en annexe la manière dont les taux d’actualisation sont déterminés et, pour les taux utilisés dans les tests d’évaluation d’actifs, à s’assurer de la cohérence du taux d’actualisation retenu par rapport aux risques pris en compte dans les flux de trésorerie futurs ».
L’ESMA et l’IASB renforcent le dialogue
Lors de la séance de questions qui a suivi la présentation, un participant a interrogé les conférenciers sur la place que devait occuper l’Europe dans le processus de normalisation comptable internationale. La question n’est pas anodine. Depuis quelques semaines en effet, la polémique enfle autour des IFRS en France. Parmi les sujets de débats, figure précisément le poids de l’Europe dans l’IASB. Depuis que les Etats-Unis ont annoncé l’an dernier qu’ils repoussaient sine die leur décision d’adopter les IFRS, plusieurs voix s’élèvent en Europe pour inviter l’IASB à reconsidérer sa composition et à ouvrir plus largement ses portes aux européens, au motif qu’ils sont les principaux utilisateurs du référentiel. Roxana Damianov a estimé que les attentes de l’Europe étaient parfaitement justifiées. D’ailleurs, a-t-elle précisé, l’ESMA est en train de renforcer ses relations avec l’IASB. De son côté, Patrick Parent a souligné la complexité des relations entre l’Europe et l’IASB qui s’exercent à travers au moins trois institutions, la Commission européenne, l’EFRAG (le comité technique qui conseille la Commission dans l’adoption des IFRS) et l’ESMA. Et d’ajouter qu’une réflexion sur le rôle de l’EFRAG lui semble être d’une impérative nécessité. On l’aura compris, il va falloir désormais compter avec l’ESMA, tant en ce qui concerne la surveillance de l’application des normes qu’au niveau de leur conception même…
Andréa Bonhoure



