Labrador LE BLOG
ACTUALITÉS DE L'INFORMATION RÉGLEMENTÉE
La culture financière en France ne progresse pas !
Publié par le 12 janvier 2012
L’AMF a publié sur son site fin novembre une étude réalisée avec l’Institut pour l’éducation financière du public (IEFP), plus connu du grand public sous le nom « La Finance pour tous » sur la culture financière des Français. Sans surprise, les résultats sont mauvais. Certes, les Français sont avisés, ils économisent, sont rarement à découvert, n’abusent pas des crédits à la consommation et maîtrisent leur budget. Mais dès que l’on parle investissements, actions, obligations, fonds commun de placement, tout se complique. Même un calcul simple, comme le montant que rapportent 100 euros, placés à 2% sur un an pose problème à une personne sur deux. Le rapport note : « Une personne sur quatre parvient à trouver, dans une liste de trois réponses possibles, la définition d’une obligation, seulement 45% savent ce qu’est un fonds commun de placement et 52% connaissent les principes d’un dividende. Ces lacunes nourrissent un sentiment d’incompétence : 80% de la population reconnaissent qu’ils sont un peu perdus en matière de placements financiers. Nombreux sont ceux qui, d’ailleurs, aimeraient être mieux formés : 79% souhaiteraient en apprendre davantage en matière de finance au cours de leur scolarité et 77% sont réceptifs à la possibilité de suivre une formation dans leur entreprise ». Pascale Micoleau-Marcel, déléguée générale de l’Institut pour l’éducation financière du public, commente pour nous ces résultats.
Labrador : Votre étude montre un recul des connaissances des français en matière financière par rapport à 2004, notamment sur la définition des dividendes, des obligations ou encore des produits collectifs. N’est-ce pas inquiétant ?
Pascale Micoleau-Marcel : Ce n’est pas le même panel et la différence est de l’ordre de 8 points, il faut donc relativiser. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a pas progressé. Globalement, le public a l’impression d’être dépassé, mal informé. Même sur les sujets où les gens pensent savoir, il arrive qu’ils se trompent. C’est flagrant sur les questions de calcul, où 78 % des personnes interrogées se sentent à l’aise alors qu’objectivement quand on leur pose des questions précises elles ne sont que la moitié à donner la bonne réponse à des questions simples, voire à peine 10 % si la question est plus complexe.
Quelles sont les actions que vous menez ?
Notre première cible est l’éducation nationale, c’est en touchant les élèves que l’on a le plus fort effet de levier. C’est d’autant plus important que dans notre étude, les plus mauvaises réponses viennent des jeunes. Ils sont notamment 42% à penser pouvoir trouver un placement à la fois rentable et sans risque (contre 25 % en moyenne) et 29% à se sentir mal à l’aise en calcul (contre 22 % en moyenne). Par ailleurs, et c’est assez logique, ils connaissent encore mal les produits financiers, puisque la plupart d’entre eux ne disposent pas d’un patrimoine à gérer. Nos partenaires bancaires nous incitent d’ailleurs à travailler avec l’éducation nationale et sont très satisfaits des résultats que nous avons obtenus à ce jour. Nous pouvons également intervenir dans les entreprises, au titre des programmes de formation. La difficulté, c’est de les convaincre d’investir dans ce type de formation. Sur l’épargne salariale, c’est possible, sur l’utilité des marchés financiers, beaucoup moins. Et puis nous travaillons avec les banques, nous avons conclu ainsi un partenariat avec un grand groupe pour lequel nous réalisons des ouvrages pédagogiques destinés à apprendre par exemple aux clients à réfléchir en amont sur leur situation et leurs objectifs et à poser les bonnes questions à leur conseiller. Nous avons également des partenariats avec la presse quotidienne régionale. Plusieurs titres nous ouvrent leurs colonnes dans le cadre d’une rubrique dédiée pour nous permettre de faire de la pédagogie auprès de leurs lecteurs.
En tant qu’ancienne membre du service de l’inspection de l’AMF, pensez-vous que la transparence de l’information publiée par les entreprises peut contribuer à améliorer la culture du public ?
C’est une dimension importante en effet. L’étude montre que les Français qui n’ont jamais investi dans un produit financier l’expliquent par le manque d’argent (61%) mais aussi parce qu’ils ont le sentiment d’être mal informés, 21%, et qu’ils n’ont pas confiance dans les marchés, 16%. Les personnes interrogées sont conscientes à 87% qu’un placement en actions est risqué. Elles ont aussi une bonne approche du couple risque/rentabilité, même si 25% des répondants considèrent qu’un placement à rendement élevé peut être exempt de risques. Pendant 10 ans, je me suis battue à l’AMF pour que les documents produits par les émetteurs soient plus clairs. Et pas seulement sur les documents complexes comme un rapport annuel, mais aussi sur les communiqués. Le problème, c’est que plus on introduit de réglementation pour protéger les épargnants et plus on augmente le volume des documents, ce qui complique l’accès à l’information.
Que conseilleriez-vous aux émetteurs, sachant que les lecteurs auxquels ils s’adressent souffrent d’un manque de culture en finance ?
Ils doivent avoir le souci permanent de s’exprimer de façon claire et simple. Ce n’est pas toujours facile, j’en conviens, ce d’autant plus que les juristes font tout pour éviter les mises en cause de responsabilité, ce qui les amène à compliquer les documents. Par ailleurs, les marchés ont tendance à surréagir, ce qui incite les rédacteurs à la prudence. En réalité, il y a deux raisons qui expliquent la complexité. La difficulté réelle à traduire des termes techniques en langage courant d’une part, la tendance, résultant parfois d’une volonté délibérée, à ne pas mettre en valeur les informations qui fâchent, d’autre part. Le mieux est de commencer par exprimer le plus précisément possible ce que l’on veut dire, puis de traduire l’information en langage courant. En tant qu’ancienne juriste moi-même, je mesure très bien la difficulté de l’exercice, mais il faut s’y plier. D’ailleurs les entreprises progressent. Je trouve par exemple que leurs sites Internet sont assez bien faits. En même temps, il ne s’agit pas de tout traduire. La lecture des comptes annuels en IFRS par exemple est incompréhensible pour le lecteur lambda, c’est aux analystes financiers sans doute que revient le soin de la traduction. Encore faut-il ensuite que le public ait accès à leurs travaux…
Propos recueillis par Andréa Bonhoure
