Labrador LE BLOG

ACTUALITÉS DE L'INFORMATION RÉGLEMENTÉE

Redémarrage des IPO : entretien exclusif avec Benoît de Juvigny de l’AMF

Trois questions à Benoît de Juvigny, Secrétaire général adjoint en charge de la direction des émetteurs de l’AMF – entretien exclusif

Après une longue traversée du désert, les introductions en bourse semblent repartir. Benoît de Juvigny rappelle à ce sujet que les règles d’encadrement du prix ont été assouplies par une position du 30 juin 2009.

Labrador : Deux introductions récentes d’une relative importance donnent à penser que l’activité sur les marchés redémarre. Comment analysez-vous la situation en tant que régulateur ?

Benoît de Juvigny : L’AMF a, en effet, visé deux introductions, celle de CFAO et celle de Medica. Il s’agit d’opérations importantes. CFAO a levé environ 800 millions d’euros et Medica, environ 270 millions. Par ailleurs, nous avons d’autres dossiers de plus petite taille en cours d’instruction. La période n’est pas la meilleure pour les introductions dans la mesure où nous approchons de la date des publications de comptes annuels. Il faudra sans doute attendre le printemps pour savoir si la tendance à la reprise se confirme, et, en tout état de cause, c’est le marché qui décidera du succès des opérations. Mais en l’état, c’est un signe encourageant.

Le contexte de marché demeure difficile actuellement. Or, l’AMF a publié une position le 30 juin 2009, à la demande des acteurs de la Place, qui assouplit certaines exigences en matière d’IPO. Cette souplesse a-t-elle été utilisée dans les deux introductions que vous évoquez ?

Nous avons en effet apporté deux modifications publiées sur le site internet de l’AMF. Jusque là, la fourchette de prix était impérative et par ailleurs limitée dans son amplitude à + ou – 7,5% autour du milieu de fourchette. Depuis 2009, le point bas de la fourchette peut être au choix, indicatif ou impératif, et l’amplitude a été étendue à + ou – 10%. En outre, les formalités pour modifier la fourchette lorsque son point bas est indicatif, sont simples puisqu’un communiqué suffit. Cette réforme avait un double objectif, nous rapprocher des pratiques de nos voisins européens d’une part, et, d’autre part, tenir compte du fait que les marchés sont parfois très volatils et donc offrir aux acteurs une souplesse supplémentaire. A titre d’illustration, CFAO avait fixé une fourchette comprise entre 24,8 et 29 euros, soit une amplitude de 15,6%. Le prix qui est sorti de l’offre était de 26 euros, il n’a donc pas été nécessaire de modifier la fourchette. En revanche, l’offre Medica est intervenue dans un contexte de marché beaucoup plus difficile. La fourchette de prix, indicative, était comprise entre 16 et 19,5 euros, soit une amplitude de 19,7%. Le prix indicatif étant trop élevé, Medica l’a ramené, 24h avant la clôture, à 13 euros. Pour cela, la société n’a pas eu besoin d’un visa complémentaire, mais de la simple publication d’un communiqué. En effet, dès lors que le marché sait que la fourchette est indicative, il n’y a pas lieu d’exiger un prospectus complémentaire avec le délai de révocabilité des ordres déjà passés qui en découle. A condition que la modification du prix soit à la baisse, bien entendu, et que l’opération ne subisse pas de modification substantielle dans sa structure financière.

L’une des difficultés auxquelles risquent d’être confrontées les introductions à l’heure actuelle, c’est la méfiance des particuliers, traditionnelle en période de crise. Or, les offres doivent leur être en partie proposées. Qu’en est-il ?

Nous voyons bien que les entreprises saisissent mal leurs obligations en la matière. Il est en effet obligatoire de prévoir un dispositif dédié aux particuliers, généralement centralisé sur Euronext. Jusqu’à 10% de l’offre, les particuliers doivent être servis. Mais il ne s’agit que d’une obligation de moyens et non de résultat. En d’autres termes, il n’est pas obligatoire d’atteindre ce seuil de 10%. Tout dépend des intentions de la société, si elle n’entend pas « marketer » son offre auprès des particuliers, c’est son droit. Il y a deux ans, une grande société de réassurance n’a placé que 1% des titres auprès des particuliers, cela ne nous a posé aucune difficulté. Et si l’on reprend nos deux exemples récents, on voit que Medica a placé précisément 10% des titres auprès des particuliers, sur une offre d’un montant de 270 millions d’euros, tandis que CFAO n’a atteint que 7,6% sur 800 millions d’euros.

Propos recueillis par Andréa Bonhoure

Benoît de Juvigny

Benoit de Juvigny - AMF

Benoît de Juvigny a été nommé, à compter du 1er août 2006, Secrétaire Général Adjoint, en charge de la Direction des Emetteurs de l’Autorité des marchés financiers. M. de Juvigny a 51 ans. Diplômé d’HEC et de l’IEP de Paris, il est affecté à l’Inspection des Finances dès sa sortie de l’ENA en 1984.  Après différents postes au sein du Ministère des Finances, il rejoint le Groupe Crédit Lyonnais en 1991 où il occupe différents postes dédiés au Corporate banking puis aux fusions-acquisitions à Paris et à Bruxelles. En 2000, Benoît de Juvigny intègre la Banque Hervet puis le Groupe HSBC-CCF où il est responsable de la stratégie avant d’être nommé Administrateur-Directeur de la Banque Dewaay à Bruxelles, banque privée et de gestion d’actifs au sein du Groupe HSBC. En octobre 2004, il rejoint l’Autorité des marchés financiers au poste de Chef du service des Prestataires et des produits d’épargne.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Gravatar
Logo WordPress.com

Please log in to WordPress.com to post a comment to your blog.

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 43 followers