Labrador LE BLOG
ACTUALITÉS DE L'INFORMATION RÉGLEMENTÉE
Ce que la crise pourrait changer dans l’information financière
Publié par le 2 octobre 2008
Depuis des mois, les experts mondiaux planchent activement pour tirer les conclusions de la crise financière et esquisser les réformes qui seront annoncées dès que la gestion des urgences sera passée. Gageons que l’information financière se retrouvera une fois de plus en ligne de mire tant la transparence semble être une condition indispensable de la sécurité dans l’esprit des politiques autant que des régulateurs. Evidemment, les projecteurs sont braqués sur les banques en priorité. Mais il y a fort à parier que nombre de mesures qui leur seront appliquées auront des répercussions sur l’ensemble de la place.
Vous vous souvenez que René Ricol a remis à Nicolas Sarkozy début septembre un rapport sur la crise dans lequel son groupe de travail a dressé un diagnostic des causes du désastre et émis une liste de 30 recommandations pour éviter que pareille situation ne se reproduise. L’esprit de ces propositions tourne autour de la nécessité de réguler la finance au niveau européen au moins, et surtout mondial. Il s’agit aussi de renforcer, voire de créer la régulation là où elle est inexistante, de corriger les mécanismes incitatifs de mauvais comportements, par exemple le système de rémunération dans l’industrie financière. Mais là n’est pas ce qui nous intéresse ici.
S’agissant de l’information financière, ce rapport évoque deux pistes d’évolution.
La première consiste à la rendre « hautement standardisée pour faciliter sa comparabilité ». Un objectif qui passe par une accélération du processus de convergence entre le normalisateur comptable international et le normalisateur américain. La deuxième piste vise à fournir une information plus complète au marché via le recours au procédé XBRL. Plusieurs places financières s’y intéressent et certaines ont même déjà décidé de rendre l’outil obligatoire. Nous avons demandé son avis à Olivier Azières. Ancien associé chez Deloitte, il est aujourd’hui consultant. En 2007, il a animé une réflexion à l’AMF sur XBRL.
Parmi les pistes dégagées par le rapport Ricol sur la crise financière figurent la standardisation via la convergence entre IFRS et US GAAP et le recours à XBRL. Qu’en pensez-vous ?
La vraie révolution à accomplir est avant tout culturelle. L’effort de transparence doit porter non pas sur plus d’information mais sur une information ciblée sur les points essentiels. Les IFRS ne sont pas en cause car elles fonctionnent sur la base de principes destinés précisément à communiquer sur l’essentiel. C’est la manière « trop littérale» dont elles sont appliquées qui pose problème. Il faut revenir au bon sens et se demander d’abord ce qu’on doit communiquer et comment le faire de manière compréhensible et exhaustive, en s’en tenant aux éléments stratégiques de l’entreprise. Cette attention portée sur la lettre plutôt que sur l’esprit est particulièrement marquée aux Etats-Unis. Dès lors, si converger avec les normes américaines, c’est risquer d’aggraver en Europe ce défaut, ce n’est pas la peine. Avant de parler de convergence, il faut que les américains fassent leur révolution culturelle. Car s’ils décident en l’état d’adopter les IFRS, ils vont forcément vouloir peser au sein de l’IASB, et on risque alors d’assister à la même dérive au niveau des standards internationaux que celle que l’on connaît dans les standards américains. Celle-là même qui favorise l’ingénierie comptable et a contribué à la crise actuelle. Ce n’est qu’une fois cet effort accompli que l’on peut s’interroger sur le recours à des outils comme XBRL.
Précisément, parlons-en. De quoi s’agit-il et quel est l’intérêt de cet outil ?
XBRL est un système informatique interactif qui permet aux utilisateurs de comptes de trouver très rapidement les données qu’ils recherchent et de les comparer entre sociétés. Prenons l’exemple d’un analyste qui suit les grandes banques européennes. Il a pour cela des rapports annuels en format PDF qu’il édite. S’il traite 50 banques ayant chacune produit un rapport de 400 pages, il n’a évidemment pas le temps de tout lire, il cherche ses chiffres, remplit ses tableaux. XBRL attribue un code à chaque ligne du compte de résultat, du bilan etc, lequel code renvoie à une définition comptable. Il suffit ensuite à l’analyste d’entrer le code de l’information qu’il recherche pour remplir son tableau automatiquement. Cela permet un travail plus rapide, plus exhaustif et plus sûr aussi puisqu’il n’y a pas de ressaisie.
Où XBRL est-il déjà utilisé ?
Aux Etats-Unis, il sera obligatoire en 2008 pour les 500 plus importants groupes cotés qui établissement leurs comptes en US GAAP et en 2010 pour les autres. D’autres pays ont suivi comme la Chine, le Japon, l’Espagne, la Belgique etc. Par ailleurs, l’Europe a imposé aux banques l’utilisation d’XBRL dans leurs relations avec leurs autorités de tutelle, mais pas dans leurs rapports publics.
Et en France….
La conclusion des réflexions à l’AMF a été que c’était un outil intéressant. Nous y viendrons mais il n’a pas semblé utile l’an dernier de faire peser une contrainte supplémentaire sur les émetteurs. La DFCG y est très favorable, les entreprises et les analystes un peu moins au regard du travail d’encodage que cela suppose pour les premières et d’adaptation à un nouvel outil pour les seconds.
Liens
Rapport Ricol : http://www.minefe.gouv.fr/directions_services/sircom/rap_ricol080905.pdf
Pour en savoir plus sur XBRL : http://www.xbrl.org/fr/
Andréa Bonhoure

Bonjour,
Pour compléter l’état des lieux fait par votre site et Olivier Azières sur la norme XBRL comme vecteur d’optimisation de la transparence financière, et pour répondre aux interrogations sur les modalités de sa mise en oeuvre, je vous informe que l’association XBRL France a lancé le 4 septembre dernier un groupe de travail Information Réglementée qui s’est fixé comme objectifs d’élaborer une démarche de mise en oeuvre de la norme XBRL au niveau de la Place Financière, ainsi que la réalisation de “Preuves de concept” sur la “xbrlisation” des principaux éléments de reporting (Prospectus, Documents de Référence,…). Ce groupe de travail, constitué des principaux représentants des acteurs de la chaîne d’information financière des sociétés cotées (Bourse, Régulateur, diffuseurs, associations professionnelles d’émetteurs, éditeurs, commissaires aux comptes,analyste financier,…), tous membres ou observateurs de l’association XBRL France, se retrouveront au CSOEC le 22 octobre prochain avec les premiers livrables.
Sylvie Lépicier
Secrétaire Général
XBRL France
Bonjour,
La mariée est loin d’être aussi belle que ce qui est indiqué dans l’article et son commentaire. Les associations d’émetteurs (Middlenext, AFEP) sont opposées à l’application obligatoire de cette norme XBRL qui n’apporte pas véritablement de solutions concrètes aux problèmes posés. Par exemple elle n’est pas adaptée pour une société opérant dans plusieurs secteurs d’activités.
Même si le logiciel est gratuit (en tout cas c’est ce qui est annoncé) les travaux de paramétrage ne le seront pas et je comprends tout à fait que les sociétés de conseil et d’audit militent en faveur d’un système qui leur assurera de beaux contrats.
L’automatisation de la production de données est un leurre dangereux, ne constitue pas du tout une garantie de fiabilité et les analystes financiers n’y sont pas particulièrement favorables. La récupération des données sous tableur pour les intégrer dans leur propre modèle a encore leurs faveurs.
En résumé, il est important de prendre en compte les besoins réels des utilisateurs (émetteurs, analystes) et leurs contraintes, notamment financières. Middlenext réaffirme son opposition à tout caractère obligatoire d’un tel dispositif.
Eric GUILPART
Directeur de la Communication Compagnie des Alpes
Administrateur Middlenext