Le 7ème rapport sur le gouvernement d’entreprise et la rémunération des dirigeants qui vient d’être publié le 12 juillet, illustre clairement cette ambition. On y trouve en effet, au-delà de la traditionnelle analyse de conformité des sociétés cotées aux exigences législatives et réglementaires en matière de gouvernement d’entreprise - le bilan est plutôt positif -, une liste très détaillée de « recommandations » et de « pistes de réflexions ». Un vocabulaire soigneusement pesé. D’un côté la ferme insistance de la « recommandation », autrement dit du rappel aux textes et à la manière dont l’AMF entend qu’ils soient appliqués. De l’autre, les « pistes de réflexions », purement incitatives, certes, mais les incitations du régulateur, on le sait bien, sont un peu plus que de simples vœux pieux ! Surtout lorsqu’ils sont appuyés par le législateur.
Il faut diversifier la composition des conseilsAinsi, au chapitre de la gouvernance, l’AMF revient sur une piste de réflexion qu’elle avait déjà évoquée en 2009 : la nécessité de renforcer la diversité dans les conseils. Tout en saluant la féminisation des conseils d’administration (13% de femmes dans l’échantillon et 15% pour le CAC 40), elle incite les sociétés à poursuivre leurs efforts. Ce sujet pourrait bien devenir celui de l’année, car deux propositions de loi ont été déposées ces derniers mois en ce sens, respectivement à l’Assemblée et au Sénat. L’AMF ne fait donc qu’appuyer un peu plus sur un sujet sensible à propos duquel les entreprises savent bien que si elles n’agissent pas en conséquence, le législateur s’en chargera. L’une des propositions de loi d’ailleurs dépasse la seule question de la féminisation des conseils en abordant la question du cumul des mandats. Or, sur ce sujet-là aussi, l’AMF appuie l’idée de faire évoluer le code AFEP/MEDEF.Toujours au chapitre du fonctionnement des conseils d’administration, l’AMF propose également une réflexion sur le statut et le rôle du président non exécutif dans les sociétés à conseil d’administration, ce qui suppose d’examiner la nature des missions qui lui sont confiées, l’organe et la procédure qui ont mené à la décision, les limites de ces missions et le lien avec la rémunération. Elle souligne au passage que la nomination d’un administrateur référent constitue l’une des pistes à explorer afin de prévenir les conflits d’intérêts, en particulier en cas de cumul des fonctions de président du conseil et de directeur général.
Voilà pour les pistes de réflexion. Les recommandations quant à elles sont au nombre d’une dizaine et rejoignent en partie les préoccupations évoquées au chapitre des réflexions, à savoir la diversité des conseils, le cumul des mandats, mais aussi la correcte application de la règle comply or explain, ou encore la question des administrateurs indépendants.
L’AMF émet de nouvelles recommandations sur les rémunérationsLa deuxième partie du rapport porte sur la rémunération des dirigeants. On y retrouve la même architecture, à savoir des constats chiffrés sur la conformité des sociétés observées aux règles en vigueur, mais aussi des recommandations et pistes de réflexion. Si elle note « un effort significatif de transparence » sur ses recommandations émises en 2009 (centralisation de l’information dans des tableaux, information individuelle et complète sur les retraites supplémentaires, critères qualitatifs de la rémunération variable, soumission des options et de l’attribution des actions à des conditions de performance), l’AMF formule néanmoins de nouvelles recommandations :
- améliorer la présentation des informations lorsque les sociétés n’appliquent pas certaines recommandations du code,
- préciser le niveau de réalisation attendu des objectifs quantitatifs fixés aux dirigeants mandataires sociaux pour leur rémunération variable,
- présenter dans le document de référence les informations relatives à l’obligation de conservation des titres.
Quant aux pistes de réflexion, ce sont les mêmes qu’évoquées en 2009, à savoir notamment préciser les éléments qualitatifs des critères de performance, prévoir un engagement de ne pas utiliser d’instruments de couverture des options de souscription ou d’achat, ou encore préciser les règles de non cumul du contrat de travail avec un mandat social.
Au final, c’est un très classique « en progrès, mais peut mieux faire » qui résume la 7ème édition du rapport sur le gouvernement d’entreprise. Un « peut mieux faire » à deux niveaux, d’abord au regard de la réglementation applicable, ensuite à l’aune des bonnes pratiques que l’AMF espère voir s’imposer. Après avoir étudié la gouvernance dans les grands groupes (les 60 sociétés de l’échantillon ayant servi de base à l’analyse représente 74% de la capitalisation des sociétés françaises cotées), l’AMF annonce qu’elle va se pencher sur celle des valeurs moyennes. La sortie du rapport est prévue en décembre.Andréa Bonhoure.
