Lancée en octobre 2010 dans l’objectif de tirer les leçons de la crise, la réforme européenne de l’audit entre dans sa dernière ligne droite. Le Parlement a en effet adopté fin avril une proposition de texte qui va servir de base de négociation avec le Conseil et la Commission dans le cadre de la procédure dite de trilogue. La réforme s’est considérablement assouplie depuis 3 ans, mais le projet est encore loin d’être stabilisé comme en témoigne la récente prise de position du Conseil, proche de la version « dure » d’origine. Audit pur, rotation, joint audit, Eric Seyvos, associé de Bellot Mullenbach & Associés et co-fondateur de l’association Option Initiative Audit, décrypte pour nous les dernières évolutions du texte.
Labrador : Il semble que la réforme européenne de l’audit se précise. Où en est-on exactement ?
Eric Seyvos : L’examen par le Parlement européen de la réforme de l’audit s’est achevé le 25 avril dernier par l’adoption en commission JURI du texte qui servira de base de négociation entre la Commission, le Conseil et le Parlement dans le cadre du trilogue, ultime étape du processus législatif dit de « codécision ». Au terme de deux ans de débats, les arguments contre les mesures les plus radicales semblent avoir porté leurs fruits. Le texte du Parlement est en effet assoupli par rapport au projet initial de la commission sur les principaux points qui inquiétaient la profession.
Par exemple les cabinets d’audit pur…
En effet, ils ont disparu de la version du Parlement. Cette mesure, apparue dans le Livre vert d’octobre 2010 qui a marqué le coup d’envoi de la réforme, prévoyait qu’au-delà d’un certain seuil de chiffre d’affaires réalisé dans l’audit des grands groupes, les cabinets concernés ne devaient plus exercer aucune autre activité que le contrôle des comptes. Une telle remise en cause du modèle pluridisciplinaire était contestable car l’audit nécessite des compétences de plus en plus techniques dans des domaines très variés. Finalement, la majorité des députés de la commission a jugé cette réforme contre productive pour la qualité des audits.
L’autre grande source d’inquiétude portait sur le projet d’imposer le changement de cabinet tous les six ans, autrement dit la rotation automatique.
Sur ce point, le texte a beaucoup varié allant même dans certaines versions jusqu’à supprimer la rotation pour, au final, maintenir son principe, mais avec des assouplissements considérables. D’abord, la durée maximum du mandat passe de 6 à 14 ans. Les députés ont estimé qu’un changement de cabinet tous les six ans était une pratique « onéreuse et indésirable sur le marché de l’audit ». Ensuite et surtout, il est possible d’allonger cette durée à 25 ans de trois façons : si l’entreprise recourt au joint audit, si elle organise un appel d’offre, ou sur décision motivée du comité d’audit, étant précisé qu’il faudra de toute façon une approbation de l’assemblée générale.
L’association Option Initiative Audit, dont vous êtes co-fondateur, s’est beaucoup battue pour faire reconnaître l’utilité du joint audit à l’échelon européen. Etes-vous satisfait de l’état actuel du texte ?
Dans le Livre vert publié en octobre 2010, la commission prévoyait d’imposer le joint audit. Mais lors de la publication des projets de texte en novembre 2011, nous avons découvert que celui-ci ne subsistait plus qu’à titre d’option facultative. Nous avons estimé alors que le joint audit, sous l’effet du processus d’harmonisation européen, risquait à terme de disparaître même si la réforme en cours acceptait d’y faire référence et permettait donc à la France de continuer à y recourir. D’où notre mobilisation. Dans cette version du texte, non seulement le joint audit est officialisé, ce qui n’était pas gagné car la France peine à convaincre ses partenaires européens des vertus de ce système, mais en plus il est présenté comme un moyen de prolonger le mandat à 25 ans, ce qui lui donne une chance de se développer au-delà de nos frontières.
Cela dit, le contenu de la réforme peut encore évoluer dans le cadre du trilogue…
En effet. D’ailleurs la présidence irlandaise vient de faire circuler son propre projet qui remet totalement en cause pour l’instant les avancées du Parlement. Il prévoit un mandat d’une durée limitée à 7 ans, renouvelable une fois sur avis du comité d’audit ou appel d’offre. Quant au joint audit, il permet de prolonger le mandat initial de seulement…un an. La semaine prochaine, le sujet sera abordé dans le cadre du conseil de compétitivité. Espérons que la proposition irlandaise va évoluer. D’ores et déjà, on sait que la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ne sont pas favorables à ce texte.
A votre avis, quand la réforme est-elle susceptible d’être adoptée définitivement ?
L’adoption définitive du texte est prévue pour fin 2013 ou début 2014. Si tout va bien…
Andréa Bonhoure

L’International Integrated Reporting Council (IIRC)

